La science-fiction est un genre narratif principalement littéraire et cinématographique structuré par des hypothèses sur ce que pourrait être le futur ou ce qu'aurait pu être le présent voire le passé (planètes éloignées, mondes parallèles, uchronie, etc.), en partant des connaissances actuelles (scientifiques, technologiques, ethnologiques, etc.). Elle se distingue du fantastique qui inclut une dimension inexplicable et de la fantasy qui fait souvent intervenir la magie.
Le terme français « science-fiction » a pour origine le terme anglais science fiction qui est apparu pour la première fois en 1853 sous la plume de William Wilson dans un essai intitulé A Little Earnest Book Upon A Great Old Subject. Mais il ne s'agissait alors que d'un usage isolé. En janvier 1927, on trouve dans les colonnes du courrier de Amazing Stories la phrase suivante : « Remember that Jules Verne was a sort of Shakespeare in science fiction. » Mais c'est en 1929, à la suite de l'éditorial d'Hugo Gernsback dans le premier numéro du pulp magazine intitulé Science Wonder Stories, que le terme commence à s'imposer aux États-Unis, aussi bien dans les milieux professionnels que chez les lecteurs, remplaçant de facto d'autres vocables alors en usage dans la presse spécialisée comme « scientific romance » ou « scientifiction ».
Dans son essai intitulé On The Writing of Speculative Fiction, publié en 1947 dans Of Worlds Beyond, l'auteur américain Robert A. Heinlein plaida en faveur du concept de « speculative fiction », ou fiction spéculative réaliste pour se démarquer des récits de fantasy qui paraissaient encore à l'époque sous l'étiquette générale de science fiction. Si le néologisme de Robert A. Heinlein connut un grand succès jusque dans les années 1960, le terme de science fiction s'est toujours maintenu comme référence. Exemple : Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley est un roman de type science-fiction.
Dans le monde francophone, le terme de science-fiction s'impose à partir des années 1950 avec pour synonyme et concurrent direct le mot anticipation. Précédemment, il s'agissait plutôt de « merveilleux scientifique » ou de voyages « extraordinaires ». Si le mot anglais original s'écrit le plus souvent science fiction, le mot français s'orthographie avec un trait d'union : science-fiction. L'abréviation française S.F., ou SF, est devenue courante à partir des années 1970.
Une représentation répandue que l'on trouve dans les dictionnaires dépeint la science-fiction comme un genre narratif qui met en scène des univers où se déroulent des faits impossibles ou non avérés en l’état actuel de la civilisation, des techniques ou de la science, et qui correspondent généralement à des découvertes scientifiques et techniques à venir. Cette description générale recouvre de nombreux sous-genres, comme la hard science-fiction, qui propose des conjectures plus ou moins rigoureuses à partir des connaissances scientifiques actuelles, les uchronies, qui narrent ce qui se serait passé si un élément du passé avait été différent, le cyberpunk, branché sur les réseaux, le space opera, la speculative fiction, le planet opera, le policier/science-fiction et bien d’autres. Cette diversité de la science-fiction rend sa définition difficile. Mais, bien qu'il n'existe pas de consensus à propos d'une définition de la science-fiction (presque tous les écrivains ont donné leur propre définition), on admet généralement que certains mécanismes narratifs caractéristiques doivent être présents dans une œuvre pour que l'on puisse la classer dans ce genre. Ainsi, The Cambridge Companion to Science Fiction propose-t-il une synthèse de ces caractéristiques par la formulation de plusieurs réquisits dont l'absence semblerait interdire de parler de science-fiction.
L'expérience de pensée : le récit de science-fiction est toujours un que se passe-t-il si... ? C'est une fiction spéculative qui place les idées au même plan que les personnages.
La distanciation cognitive : le lecteur doit être embarqué dans un monde inhabituel.
« C’est notre monde disloqué par un certain genre d’effort mental de l’auteur, c’est notre monde transformé en ce qu’il n’est pas ou pas encore. Ce monde doit se distinguer au moins d’une façon de celui qui nous est donné, et cette façon doit être suffisante pour permettre des événements qui ne peuvent se produire dans notre société – ou dans aucune société connue présente ou passée. Il doit y avoir une idée cohérente impliquée dans cette dislocation ; c’est-à-dire que la dislocation doit être conceptuelle, et non simplement triviale ou étrange – c’est là l’essence de la science-fiction, une dislocation conceptuelle dans la société en sorte qu’une nouvelle société est produite dans l’esprit de l’auteur, couchée sur le papier, et à partir du papier elle produit un choc convulsif dans l’esprit du lecteur, le choc produit par un trouble de la reconnaissance. Il sait qu’il ne lit pas un texte sur le monde véritable. »
— Philip K. Dick, lettre du 14 mai 1981
L'activité de compréhension du lecteur : elle fait suite à la distanciation. Le lecteur doit reconstruire un monde imaginaire à partir de connaissances qui ne relèvent ni du merveilleux ni du religieux, mais de théories ou de spéculations scientifiques, même s'il s'agit de connaissances qui violent les principes de nos connaissances actuelles. Ce monde inhabituel n'étant pas donné d'un coup, le lecteur doit se servir pour cela d'éléments fournis par l'auteur (objets techniques spécifiques, indices de structures sociales particulières, etc.). Ainsi, elle se distingue nettement de la fantasy, genre qu'elle côtoie dans les rayons des librairies, ce qui n'empêche pas l'écrivain Terry Pratchett de déclarer avec humour : « La science-fiction, c'est de la fantasy avec des boulons. »
Les références à un bagage culturel commun : le vocabulaire et les thèmes de la science-fiction font partie d'une culture familière au lecteur qui lui permet de s'y reconnaître.
Pour Yannick Rumpala la science-fiction peut être un matériau dans le processus de connaissance de la prospective. Comme la prospective elle construit et diffuse des représentations du futur. Les prospectivistes ne sont pas forcément les mieux placés pour imaginer les conséquences et implications des développements techniques. Ils peuvent aussi avoir tendance à éliminer des hypothèses dérangeantes. La science-fiction est plus à l’aise dans l’exploration imaginaire et moins sujette à des préventions. La mise en récit ou la mise en images facilite les expressions et alerte sur des tendances jugées inquiétantes. Au delà de littérature d’évasion la science-fiction peut être considérée comme une littérature d’idées.
Une définition de la hard science fiction, ou hard SF, fut proposée par l'écrivain américain Allen Steele en 1992 : « La hard SF est une forme de littérature de l'imaginaire qui se construit autour de la science établie ou de son extrapolation prudente. » L'expression fut utilisée pour la première fois en 1957 par P. Schuyler Miller dans un compte-rendu de Islands of Space de John W. Campbell, publié dans la revue Astounding Science Fiction. Ce genre est représenté par exemple par les œuvres de Arthur C. Clarke, Stephen Baxter et Greg Egan.
Le voyage dans le temps peut être un genre à part entière, ou l'un des thèmes d'une œuvre. Ce genre affronte les problèmes liés aux paradoxes temporels, comme le paradoxe du grand-père, mais peut amener à des réflexions sur certains événements historiques lorsque, par exemple, un personnage crée l'histoire qu'il voulait en fait observer, comme dans Voici l'homme de Michael Moorcock. Le classique du genre est La Machine à explorer le temps de H. G. Wells.
L’uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles. Un exemple est Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick.
L’appellation cyberpunk est apparue dans les années 1980. Elle désigne un sous genre de l'anticipation, elle-même sous genre de la science-fiction, décrivant un monde futuriste de manière dystopique (négative). Le cyberpunk met souvent en scène un futur proche, avec une société technologiquement avancée (notamment pour les technologies de l'information et la cybernétique). Parmi les principaux écrivains cyberpunk, on peut citer William Gibson, et plus particulièrement de son roman Neuromancien (1984), ou Neal Stephenson.
Les récits de space opera articulent leur intrigue autour de voyages interplanétaires ou interstellaires. Dans ces récits, les théories d'astrophysique croisent les protocoles des récits d'aventures maritimes et en reprennent généralement le lexique (vaisseau, flotte, etc.). Une part non négligeable de ces récits relève également de la science-fiction militaire. Ces récits, où la possibilité des déplacements à très longue distance est centrale, permettront le développement du thème d'empire interstellaire ou galactique.
Le Space opera apparait en France notamment avec la Roue Fulgurante de Jean de la Hire en 1908 puis dans les années 1920 avec les romans de l'auteur américain Edward Elmer Smith, notamment La Curée des astres (1928), puis à une plus grande échelle dans Triplanétaire (1934) qui ouvrait le Cycle du Fulgur. Après la seconde guerre mondiale, le space opera deviendra un genre prisé de la télévision, avec des séries comme Star Trek (États-Unis, 1964) de Gene Roddenberry et Cosmos 1999 (Angleterre, 1975) de Gerry Anderson. Pour le cinéma, le genre connaîtra un succès retentissant en 1977 avec le film La Guerre des étoiles (renommé A New hope lors de sa seconde parution au cinéma en 1997) (États-Unis, 1977) de George Lucas, premier volet de la trilogie originale Star Wars, puis quatrième volet de l'hexalogie du même nom. En 1997, le film Stargate est à l'origine de la série Stargate SG-1 (et de trois séries dérivées) qui connaîtront un grand succès populaire tout au long des années 2000.
Coté littérature, le genre se porte bien dans les années 2000 et 2010 avec des grands auteurs et des œuvres majeures au premier rang desquels Dan Simmons (cycles Hypérion et Endymion, Ilium et Olympos), Peter F. Hamilton (cycles L'Aube de nuit, L'Étoile de Pandore, La Trilogie du vide), Alastair Reynolds (cycle des Inhibiteurs) et David Weber (cycle Honor Harrington).
Les récits qui mêlent à des univers de Space opera certains éléments typiques de la fantasy : magie, quête initiatique, atmosphère de conte. Ce genre peut réunir aussi bien les univers futuristes façon Warhammer 40000, où elfes et orques se battent à bord d'immenses machines de guerre, que d'autres plus étranges comme Spelljammer, où elfes, nains et humains explorent l'espace à bord de navires magiques, dépourvus de la moindre trace de technologie. Un cycle présentant les caractéristiques de la space-fantasy peut également évoluer en planet-opera fantasy (citons les cycles de Ténébreuse et la Ballade de Pern par exemple).
Les récits de planet opera ont pour décor une planète étrangère aux caractéristiques déroutantes et mystérieuses que les principaux personnages ont pour mission d'explorer et de découvrir sous tous ses aspects (faune, flore, ressources). La trilogie d'Helliconia en est l'exemple canonique.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-seconde/-/tree/master?ref_type=heads ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 